Eric Hänni, le "Sportif jurassien du XXe siècle", nous a quittés


Eric Hänni (ici en 2021), qui venait de fêter ses 86 ans, est décédé le jour de Noël.
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"Il était une source d’inspiration et un modèle pour beaucoup."
La même année, Eric Hänni avait décroché le bronze aux Championnats d’Europe de Berlin. Aujourd’hui, on pleure celui qui était l’une des figures centrales du judo helvétique (six fois champion de Suisse). Né le 19 décembre 1938, marié à Lotty et père de deux enfants, Eric Hänni est resté fidèle à son sport jusqu’à la fin de sa vie. Membre d’honneur de la Fédération suisse de judo et de ju-jitsu, "il était une source d’inspiration et un modèle pour beaucoup", souligne cette dernière sur son site.
Une vie dédiée au judo
À l’apogée de sa carrière, il était particulièrement connu pour sa spécialité technique, l’uchi-mata. Puis, la retraite sportive venue et établi à Portalban, dans la Broye fribourgeoise, Eric Hänni a continué d’œuvrer sans relâche pour le judo, irradiant son milieu de sa bonne humeur, de ses précieux conseils et de son caractère sociable.
En janvier 2000, les lecteurs du Quotidien Jurassien avaient élu Eric Hänni "Sportif jurassien du XXe siècle", devant le cavalier de Bassecourt Philippe Guerdat et le footballeur de Reconvilier Robert Ballaman. "C’est magnifique, je suis très heureux. C’est une belle récompense", avait-il alors réagi. "C’est une surprise pour moi. Mais je crois que la grande fête qui a suivi ma médaille, à Delémont, n’a pas été oubliée."
Le 9e dan en janvier 2014
Pour ses mérites, en guise de reconnaissance et pour l’ensemble de son œuvre, Eric Hänni a été décoré en janvier 2014 du 9e dan. Un honneur très rare, l’un des plus grands dans le monde des judokas. Il est d’ailleurs le premier Suisse de l’histoire à avoir reçu ce grade.
Avec le décès d’Eric Hänni, c’est une véritable icône sportive jurassienne qui s’en est allée, mais qui laissera une trace indélébile.
Une onde de tristesse s’est répandue dans le giron du judo régional à l’annonce du décès d’Eric Hänni, particulièrement au sein du JC Delémont, fondé en 1953 et dont il a été un pilier. "Il a été l’un des premiers membres et il est clair que sa médaille aux Jeux a donné un énorme essor au club", glisse Pascal Domont, qui fréquente le JCD depuis 1974 et qui le préside depuis 2017.
Créé en 1981, le dojo de la Blancherie, qui porte son nom, "a un peu la mentalité d’Eric Hänni", poursuit Pascal Domont. À l’époque, "la commune n’avait pas prévu d’en faire un, si ce n’est au deuxième sous-sol." S’inspirant du médaillé de Tokyo, les membres de la société coopérative qui s’était prise d’amour pour le JC Delémont n’ont pas abandonné et ont mené le projet à son terme.
"Des avis très tranchés"
"C’était un travailleur acharné", se souvient aussi Pascal Domont. "Eric ne s’entraînait peut-être pas seul, mais sans structure professionnelle." Quand il résidait encore à Delémont, "on me racontait qu’il faisait un tournoi à Morat et qu’il retournait à vélo!" Enfant de Courroux, Eric Hänni n’était pas le judoka le plus doué techniquement, estime-t-il, mais un bosseur nanti d’un sacré caractère, qui cultivait l’amitié.
De 1967 à 1972, Eric Hänni a été le directeur technique du Nippon Berne, puis a fondé l’Olympia Berne en 1973. Il y a peu, il assumait encore le poste de responsable des arbitres suisses. "Ce n’était pas un type qui te faisait des cadeaux. Il avait des avis très tranchés. Il pouvait être dur, mais il est toujours resté très fidèle au club. Il s’est toujours manifesté pour s’excuser ou pour venir aux événements. Il aimait le contact avec les gens", poursuit Pascal Domont, qui n’était pas né en 1964, mais à qui l’on parle souvent de ce fameux cortège dans la capitale. "L’un des deux porteurs était mon père René. L’autre était Sepp Kohler."
"De l’énergie, de l’énergie, énormément d’énergie", tonne pour sa part Charly Nusbaumer, titulaire du 7e dan et lui aussi membre du JC Delémont, en évoquant Eric Hänni. "Quand il donnait des cours de judo, c’était du coaching permanent! Lors des cérémonies de mérites sportifs, il avait témoigné son attachement au drapeau. Il a toujours été un Jurassien de cœur."
"Il n’a jamais oublié ses racines"
"Je l’ai toujours connu comme quelqu’un de sympathique, de bon vivant", ajoute Dominique Berthold, le président de l’Association jurassienne de judo et de ju-jitsu. "Il a permis à notre club de se développer et de ressortir des médaillés aux championnats de Suisse, encore cette année. Sans lui, le chemin aurait été moins bien tracé. Il a toujours été fier d’être Jurassien. Eric Hänni a fait sa vie ailleurs, mais il n’a jamais oublié ses racines", conclut Pascal Domont.

